13
Sep

Accompagner le bien-être des étudiants

 

Au Québec, 30% des jeunes du secondaire vivent un mal-être à l’école.  Dans le supérieur, ce n’est pas mieux.

« Une enquête réalisée par la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) auprès de plus de 10 000 étudiants révèle que 22 % d’entre eux rapportent des symptômes modérément sévères ou sévères de dépression, 5,8 % manifestent des symptômes d’épuisement et 7,8 % disent avoir sérieusement songé à s’enlever la vie au cours des 12 derniers mois (FAÉCUM, 2016).

Les données sont tout aussi préoccupantes dans les autres universités canadiennes. Une enquête menée par l’Ontario University & College Health Association (OUCHA), par exemple, montre que les étudiants post secondaires sont deux fois plus enclins à éprouver des troubles de santé mentale et un niveau élevé de détresse psychologique que les jeunes de leur âge qui ne sont pas aux études (OUCHA, 2009)…»  (Canadian Journal of Education / Revue canadienne de l’éducation 42:1 (2019) ©2019 Canadian Society for the Study of Education/Société canadienne pour l’étude de l’éducation).

Outre les questions financières, le constat est que les aides sont souvent curatives avant d’être préventives ; le personnel d’accompagnement pas assez nombreux pour la demande et il manque de ressources. Il est encouragé de promouvoir des actions et dispositifs pour le bien-être et la qualité de vie.

En Belgique, les chiffres sont peu accessibles. Sont-ils similaires ? Il me revient que la question du harcèlement à l’école était évoquée là-bas bien avant qu’elle ne devienne une préoccupation visible chez nous…

L’Uqam s’est investie dans une recherche et un programme d’aide aux étudiants. Ayant eu la chance d’avoir bénéficié d’une formation pour animer ce type d’atelier, j’ai constaté que le programme veut en même temps que de faire vivre une expérience, donner des compétences de gestion de soi… Il donne un regard sur la vie, une manière de regarder la vie, une façon d’assumer sa vie.

Ce qui me parait fondateur dans la démarche est le retour sur soi, une compréhension du fonctionnement de l’humain… Une démarche de développement personnel en quelque sorte.  Dimension souvent oubliée, trop focalisés que nous sommes sur la transmission de savoir, sur l’explication, sur la démonstration, la suggestion, … Bref on s’adresse beaucoup au mental, en délaissant l’écoute des émotions et sensations.

Le développement des compétences d’écoute, de gestion de soi, psychosocial est négligé ou pas pris dans sa réelle dimension. Soit on pense qu’écouter c’est simple et naturel et on propose au premier passant ou au professeur à qui il manque des heures de prendre en charge un atelier, sans lui proposer une formation. Soit on pense que cela relève de la thérapie et on se pose la question de savoir si cela est vraiment le rôle de l’école.

Si nous envisageons l’école comme un lieu uniquement de transmission de savoir, cette dimension ne trouvera pas sa place. Si nous envisageons l’école avec une visée éducative et pédagogique, cette dimension prend tout son sens. Encore faut-il donner un espace, du temps, des moyens … pour poser et déposer les difficultés …

Parfois cela existe … dans les textes …

Une démarche pédagogique développant des compétences psycho-sociales pourrait proposer un parcours dont voici quelques éléments

  • Normaliser le fait d’être stressé ou en manque de confiance, … (c’est normal, cela nous arrive tous, …)
  • Ne pas essayer de lutter contre ses difficultés (il faut que cela aille mieux, je ferai mieux, …)
  • S’observer dans les dimensions comportementales, affectives, corporelles
  • Trouver, retrouver, nommer ce qui est important pour soi
  • Amener à une pleine acceptation de soi. Il ne s’agit pas de tolérer la difficulté que nous vivons (je fais avec, c’est comme ça, de toute façon…) mais d’être pleinement à l’écoute de ce qui se passe en soi. Accepter n’est pas tolérer : préférez-vous être toléré par vos amis ou accepté ?
  • Quels sont les buts de nos stratégies quand nous allons mal ?

Ainsi nous travaillons à l’acquisition de réelles compétences comme lire, écrire.  C’est savoir lire son comportement et écrire son histoire.

Les résultats des études ayant étudié ce type de démarche avec du post secondaire montrent des changements :

  • De perception face aux émotions, pensées, souffrances, …
  • D’attitude (se rapprocher de soi, se distancier de la souffrance, acceptation de l’expérience vécue)
  • D’état (plus de sérénité, …)
  • Dans l’engagement dans les études (motivation, travail, …)
  • Dans la réactivité
  • Sur la présence des symptômes de stress et d’anxiété, …

 

Attention, il n’y a pas de baguette magique, ni une recette miracle, mais c’est un pas vers le mieux-être.

Voilà un beau défi à relever, à proposer, à accepter.